Encourager la collaboration en construction

29 novembre 2019
Par Jean Garon

L’industrie québécoise de la construction fonctionne habituellement de façon cloisonnée, ce qui ne favorise pas la collaboration ni le partage d’information et de connaissances.

L’heure est peut-être venue d’en changer les paramètres et les pratiques pour relever les défis de performance et de pérennité qui s’annoncent.

 

Voilà en résumé la base de la réflexion amorcée depuis une dizaine d’années par l’entrepreneur Jean Turgeon, qui préside l’entreprise qu’il a fondée en 1994, Groupe Jenaco. Témoignant de sa propre expérience, il revendique humblement de belles réalisations au fil des 25 ans d’existence de son entreprise.

 

Mais il admet aussi que tout n’a pas toujours été rose. « Lors d’exercices d’évaluation post-mortem, il m’est arrivé de me dire que ça aurait pu être mieux, notamment en améliorant la communication et la collaboration lors de la réalisation de certains projets. »

 

Une confession qui lui a fait comprendre que la réussite d’un projet repose avant tout sur la qualité de la collaboration entre les différents intervenants sur un chantier, et ce, dès ses premiers balbutiements. « Même en disposant de toutes les technologies qui permettent de mieux performer, explique-t-il, il faut s’assurer que les gens qui utilisent ces outils collaborent et participent aux échanges sur un chantier. »

 

Prise de conscience

Cette prise de conscience l’a récemment amené à proposer l’organisation d’une journée-colloque sous le thème Partager pour bâtir avec l’aide de plusieurs partenaires. Celle-ci s’est finalement tenue le 1er novembre 2019 à l’École de technologie supérieure (ÉTS) de Montréal, en présence de plus de 250 décideurs et acteurs de l’industrie de la construction.

 

Les principaux objectifs de cet événement étaient de sensibiliser les participants à l’importance de la collaboration à tous les niveaux dans l’industrie, de prendre conscience des impacts positifs de méthodes de travail collaboratives et d’établir des stratégies pour leur mise en place simplifiée, et ce, dans le but de dégager une vision d’avenir du secteur de la construction à l’égard des enjeux actuels. « On a beaucoup de défis à relever à notre époque, insiste Jean Turgeon, en rappelant particulièrement ceux de la pénurie de main-d’oeuvre, des nouvelles technologies, des couts croissants de construction et de la lourdeur de la réglementation. Il faut non seulement assurer la relève des baby-boomers qui prennent leur retraite, mais aussi le transfert et le partage des connaissances et du savoir-faire. »

 

Donner l’exemple

Au-delà de l’événement, Jean Turgeon tente d’inculquer cette culture de partage et de collaboration au quotidien avec ses employés, ses partenaires, ses fournisseurs et ses clients. Pour lui, c’est une sorte de work in progress qui évolue avec la maturité et l’expérience, les essais et erreurs. Tout cela constitue la base de la culture de son entreprise.

 

Il s’agit à ses yeux d’un premier pas vers l’amorce de changements dans l’industrie, à commencer par les relations entre les intervenants sur les chantiers. À titre d’entrepreneur spécialisé en plomberie et tuyauterie, Jean Turgeon n’est cependant pas en position d’imposer sa vision à l’ensemble des intervenants, mais il est plus que prêt à faire sa part, comme bien d’autres collègues et professionnels.

 

À son avis, le rôle de leader dans une appro

 

che de collaboration et de partage revient en premier lieu au promoteur. Il cite en exemple la Corporation Proment avec laquelle il entretient des relations d’affaires depuis plusieurs années. Ce client voit l’intérêt à ce que tout le monde se parle dès le début d’un projet en réunissant autour de la table tous les acteurs impliqués. Résultat : ça améliore la performance et le rendement de ses chantiers. « C’est sûr que ça demande de la volonté, des valeurs et un désir d’inculquer une culture basée sur l’engagement de chacun à livrer le meilleur de lui-même, conclut-il. Après tout, on est tous imputables de nos décisions. »

 

 

FAIRE DES PETITS

Cette première activité de remue-méninges de Partager pour bâtir aura des suites, promet Jean Turgeon, puisqu’elle interpelle les promoteurs et les gestionnaires d’immeubles, les professionnels et les constructeurs pour mieux faire face aux enjeux actuels et futurs de l’industrie. Il a d’ailleurs profité de l’événement pour annoncer la création des bourses d’études Partager pour bâtir et d’un fonds de 100 000 $ provenant à parts égales du secteur privé et de Mitacs, un organisme public à but non lucratif qui conçoit et met en oeuvre des programmes de recherche et de formation au Canada.

Ce fonds et ces bourses serviront à financer en partie des projets de recherche et des stages en entreprise pour des étudiants de 2e et 3e cycles de l’ÉTS, ainsi que les activités de l’Observatoire en construction de l’institution. Rappelons que la première cohorte de lauréats des bourses sera dévoilée en 2020.