12 octobre 2023
Par Mathieu Ste-Marie

Malgré les campagnes de sensibilisation, les signaleurs routiers n’ont jamais été autant en danger. Devant cette tendance inquiétante, les entrepreneurs ont leur rôle à jouer pour réduire les risques d’accident.

En 2017, 60 signaleurs ont été blessés sur les chantiers de construction. À peine cinq ans plus tard, ce chiffre a plus que triplé, passant à 215 travailleurs ayant subi des lésions physiques et psychologiques. Aucune étude n’a été réalisée pour expliquer ce phénomène, mais Sorina Rachiteanu, ingénieure en prévention-inspection à la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité au travail (CNESST), a sa petite idée. « Il y a plus de distraction au volant que par le passé, notamment avec l’utilisation du cellulaire au volant et la présence d’écran tactile dans les véhicules. De plus, il y a plus de chantiers routiers et plus de signaleurs, donc logiquement le nombre de blessés augmente aussi », explique l’ingénieure.

 

Ajoutons à cela que la hausse de chantiers peut rendre impatients les automobilistes qui font peu attention à la présence d’un signaleur routier. Si le nombre de lésions augmente, celui des décès demeure stable (un par année depuis trois décennies). Et les accidents avec blessés ou mortels peuvent être causés par les véhicules des usagers de la route, mais aussi par les véhicules lourds présents sur le chantier.

 

Des dangers multiples

Si le signaleur routier doit principalement se méfier des véhicules pour ne pas être frappé, d’autres dangers guettent ce travailleur. Par exemple, il pourrait recevoir de la poussière ou un corps étranger dans les yeux, souffrir d’hypothermie, subir un coup de chaleur ou être agressé verbalement ou physiquement.

 

BALADO À ÉCOUTER

 

« Le signaleur peut être en contact avec des usagers de la route qui font preuve d’incivilité, sont menaçants ou sont violents », observe Sorina Rachiteanu. Ces comportements subis par le travailleur peuvent entraîner des conséquences sur sa santé mentale. Stress aigu, dépression et trouble de stress post-traumatique sont des lésions psychologiques qui ont été diagnostiquées chez des signaleurs routiers.

 

Une formation rehaussée

Pour améliorer ce triste bilan, la formation de ces travailleurs doit être bonifiée, estime Jean-François Dionne, président de l’Association des travailleurs en signalisation routière du Québec. « Il devrait y avoir au minimum l’obligation d’avoir un diplôme d’études professionnelles de trois ou quatre mois avec des stages en entreprise. Actuellement, une formation de signaleur routier peut se terminer en une semaine en ligne. »

 

La personne souhaitant devenir signaleur doit actuellement suivre une formation de l’Association québécoise des transports routiers, qui est reconnue par l’Association paritaire pour la santé et la sécurité du travail du secteur de la construction. Le travailleur doit refaire cette formation aux trois ans afin de mettre à jour ses connaissances. Or, des signaleurs routiers, dont plusieurs proviennent d’entreprises offrant des services de location de personnel, n’ont même pas suivi cette formation, note Jean-François Dionne. « J’en vois plusieurs qui ne sont pas formés. Les entrepreneurs ne surveillent pas toujours les cartes de compétence des travailleurs. Ils devraient le faire du premier jusqu’au dernier jour sur le chantier », déplore le président.

 

Pourtant, l’employeur a l’obligation légale de s’assurer que le travailleur possède ses cartes et qu’il a toutes les habiletés et les connaissances requises pour accomplir son travail.

 

Éviter les interactions avec les conducteurs

L’entrepreneur doit également prendre les mesures nécessaires pour protéger la santé physique et psychologique de ses travailleurs en évitant autant que possible l’exposition de ces derniers à la circulation routière ou à la coactivité avec des véhicules de chantier. « Dès la conception de la signalisation, il y a plusieurs moyens de contrôler la circulation sans la présence du signaleur routier directement auprès des usagers. Par exemple, nous pourrions installer des feux de contrôle de la circulation ou des barrières de contrôle qui peuvent être actionnés à distance par un signaleur. Nous pourrions aussi carrément fermer la route et installer des panneaux de détour », avance Sorina Rachiteanu.

 

Afin de réduire les risques de blessure, l’employeur doit également informer le signaleur routier des dangers liés à son travail, remplacer le signaleur pendant les périodes de repos et de repas et s’assurer qu’il est éclairé, donc bien visible, lors des travaux effectués en période de noirceur. « Les employeurs doivent mieux protéger leurs employés. S’ils ne le font pas, ce sont eux aussi qui sont impactés puisque le chantier sera arrêté et ils peuvent être accusés de négligence », prévient Jean-François Dionne.

 

Québec a agi

Ces dernières années, le gouvernement québécois a adopté différentes lois pour assurer la sécurité des signaleurs routiers. En 2014, le port de la veste à manche longue et du pantalon a été rendu obligatoire afin de rendre l’employé plus visible. Quatre ans plus tard, Québec a obligé les entrepreneurs à positionner un signaleur routier pour chaque sens de la circulation. Avant, un signaleur pouvait contrôler deux sens à la fois.

 

Depuis 2019, la barrière doit être privilégiée sur les routes où la limite de vitesse est supérieure à 70 km/h. Puis, en 2020, le gouvernement a décidé que les signaleurs ne pouvaient plus être utilisés pour les routes dont la vitesse dépasse 70 km/h. Ces changements législatifs, ainsi que les nombreuses campagnes de sensibilisation, n’ont toutefois pas eu pour effet de diminuer les accidents. Jean-François Dionne estime qu’il faut maintenant sévir contre les conducteurs fautifs. « Les peines prévues au code de la sécurité routière ne sont pas assez sévères. Il faudrait réviser ce code au complet. Je propose que les automobilistes qui ne respectent pas les signaleurs suivent une formation sur la signalisation de chantier », affirme-t-il. De plus, les peines devraient être plus sévères pour les entrepreneurs qui ne respectent pas leurs obligations légales, ajoute-t-il. Celui-ci juge, par exemple, que les amendes ne sont pas assez élevées pour les entrepreneurs dont les employés n’ont pas de carte de compétence.

 

Les données alarmantes sur les lésions des travailleurs en signalisation routière permettront peut-être de donner un nouvel élan aux compagnes de sensibilisation à cet effet.

 

UN POSITIONNEMENT SÉCURITAIRE
Les employés ont également leur rôle à jouer pour assurer leur sécurité. Sur un chantier, ils doivent respecter ces quatre critères pour se positionner de façon sécuritaire :
  • Être visible. L’employé doit se tenir à sept mètres d’une ligne d’arrêt, ce qui permet une zone tampon entre le panneau d’arrêt et sa position.
  • Permettre le libre passage. Il ne doit pas se positionner devant les véhicules, mais sur l’accotement.
  • Se tenir en position debout. Il doit communiquer ses signes efficacement et garder un contact visuel avec les usagers de la route.
  • Trouver une zone de refuge. Le signaleur doit repérer une zone lui permettant de fuir en cas de danger.