Une promenade-belvédère pour rétablir la continuité urbaine

19 janvier 2026
Par Anthony St-Pierre

À la croisée de l’urbanisme, de l’architecture et du paysage, la Plaine des Sports de Petit-Quevilly, au sud de la métropole de Rouen, se transforme en un lieu de convivialité et de mobilité douce grâce à une promenade-belvédère conçue comme une véritable agrafe urbaine.

Implantée sur un ancien site industriel du quartier de La Piscine, la parcelle se trouve au cœur d’un territoire fragmenté, scindé par la voie rapide Sud III, qui a longtemps rompu la continuité urbaine entre le centre historique et les quartiers de l’est. Jusqu’à récemment, le site se présentait comme un assemblage disparate : des aires de stationnement au nord, une chaufferie urbaine au centre et des équipements publics dispersés au sud, l’ensemble étant ceinturé par une série de barrières physiques — clôtures et pare-ballons — qui accentuaient la fragmentation de l’espace.

 

Se reconnecter à la ville

Un talus de terre, aménagé pour protéger le site des nuisances de la voie rapide, a paradoxalement renforcé cette rupture visuelle et physique. Le projet est né d’une volonté simple : reconnecter. Reconnecter les habitants à leur ville, reconnecter des quartiers séparés par les infrastructures, reconnecter les pratiques sportives et culturelles au paysage environnant. Inscrit dans le cadre du Programme national de renouvellement urbain (ANRU), le projet a offert une occasion majeure de réunifier la municipalité autour d’un grand parc public fédérateur.

 

Sur cet ancien site industriel de trois hectares, autrefois fragmenté et enclavé, le projet forme désormais un vaste espace public où l’architecture et la nature se rencontrent. Au cœur du dispositif, une promenade-belvédère de 365 mètres de long trace une ligne claire à travers le paysage. Tantôt au niveau du sol, tantôt en surélévation, cette épine dorsale linéaire agit comme une interface reliant l’ensemble des composantes du programme — gymnase multisports, équipements sociaux, centre de loisirs, skatepark et stade municipal — tout en offrant de nouvelles perspectives sur la ville.

 

Au-delà du programme initial, le projet propose également un skatepark entièrement en béton, un demi-terrain de basketball aménagé sur la toiture du gymnase, ainsi que l’intégration ludique de glissades dans les pentes naturelles du site.

 

Franchir les fractures urbaines

La promenade urbaine devient l’épine dorsale du projet : un geste simple, mais puissant, qui relie et révèle. Autour d’elle, le parc se déploie comme un paysage vivant et évolutif. Les talus sont modelés, les eaux pluviales canalisées par des noues paysagères, et prairies et bosquets se succèdent en séquences naturelles.

 

L’ensemble compose un cadre accueillant, propice aux usages quotidiens, aux loisirs et à la vie sociale — un espace ouvert et accessible à tous, où le sport, la nature et la ville se rencontrent.

 

Le système structurel de la figure urbaine, entièrement réalisé en béton, affirme une approche unitaire répondant aux exigences de maîtrise des coûts, de durabilité et de cohérence architecturale. Ancrés dans la pente, le gymnase et les équipements sociaux s’ouvrent généreusement sur les espaces extérieurs, établissant un dialogue continu entre l’architecture et le paysage.

 

Sous la rampe circulaire qui structure le cœur du projet, le centre de loisirs pour adolescents trouve naturellement sa place. Ici, l’architecture définit les limites de la cour intérieure et du skatepark à l’ouest, articulant les usages et favorisant les interactions au sein d’un espace partagé.

 

Dans le prolongement de ce point central, et en continuité directe avec la rampe circulaire, la passerelle métropolitaine assure une connexion directe avec le quartier de l’Hôtel de Ville, franchissant la Sud III ainsi que les voies ferrées.

 

L’unité du projet est renforcée par un langage architectural subtil, pérenne et presque monolithique. L’ensemble des façades est traité de manière homogène : un bardage métallique enveloppé d’une seconde peau en métal déployé vient ceinturer les bâtiments. Ce traitement mono-matériau confère à l’ensemble une homogénéité presque abstraite, tout en modulant la lumière et en protégeant les surfaces vitrées des dégradations.