La commission scolaire Kativik Ilisarniliriniq a récemment octroyé le contrat de construction de la nouvelle école primaire et secondaire de Quaqtaq, au Nunavik, à Pépin Fortin Construction. Le chantier s'activerait à partir de juillet prochain et s'achèverait à temps pour la rentrée inaugurale de la prochaine décennie.
Le projet est mené en collaboration avec la Société québécoise des infrastructures (SQI). Il est rendu nécessaire en raison de l'exiguïté des locaux actuels et de plusieurs problématiques « en lien avec le mouvement des élèves, la circulation des véhicules autour du bâtiment, notamment des autobus et des camions. Parce qu'il faut savoir qu'au Nunavik, tous les services, comme les aqueducs et les égouts, sont desservis par camions. Ils font la livraison de l'eau potable dans les réservoirs des écoles et la cueillette des eaux noires », rapporte Jérôme Dionne, directeur du Service des ressources matérielles de la commission scolaire.
Le va-et-vient ambiant, dans ce village de 473 âmes, constitue d'autant plus un risque d'accident que la cour d'école actuelle se trouve à l'avant du bâtiment. De plus, celui-ci, après maints agrandissements, occupe tout le terrain disponible. Il s'agit toutefois d'une bonne construction, souligne le directeur. « Même les unités temporaires sont beaucoup plus de qualité que ce que l'on peut voir au sud, étant donné la dureté du climat. » Une fois les locaux libérés, la commission scolaire songe d'ailleurs à les réserver pour de l'éducation aux adultes.
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Traduit de l'inuktitut, le nom de l'école est Isummasaqvik, qui signifie « La façon dont le cerveau apprend ». Elle pourra accueillir 250 élèves, de la maternelle au cinquième secondaire. Ils et elles évolueront dans des espaces adéquats incluant des atriums, un grand gymnase et deux grands ateliers adaptés à leur culture et comportant deux cursus : la chasse et l'exploration de la toundra, puis l'utilisation des ressources. Ils pourront apprendre, en plus des matières académiques de base, comment fabriquer un kayak et un traîneau, comment effectuer une réparation simple d'une motoneige ou d'un quatre roues, comment confectionner un harpon pour aller à la pêche, tout comme apprendre à traiter les peaux et les bases de la couture et de la cuisson.
Prennent part à l'aventure MLS Architectes | Jodoin Lamarre Pratte architectes, EXP (génie civil et structure), AtkinsRéalis (ingénierie mécanique et électrique), Hybride paysage (architecture du paysage) ainsi que des fournisseurs d’affrètement maritime (Desgagnés ou NEAS pourraient par exemple être sollicités dans le cadre de ce projet).
L'entrepreneur général Pépin Fortin Construction, qui a présenté la plus basse soumission conforme, le 17 décembre 2025, avec un prix de 122,3 millions de dollars (M$), taxes incluses, assumera le transport des marchandises par bateau et du personnel par avion. En tenant compte de l'ensemble des honoraires professionnels, des frais de gestion, du coût des contingences, de frais d'emprunt et de l'inflation sur quatre ans, la facture s'élève à 178,9 M$.
Délais démultipliés
Car construire en pleine toundra n'est pas simple. Cela requiert une logistique de haut niveau. Et beaucoup de patience. Machinerie, matériel et matériaux doivent y être acheminés par bateaux. Sinon par avion. Pas nécessairement lorsqu'on le veut. Et cela doit se faire en été. Encore là, on ne peut compter que sur deux à trois livraisons, c'est tout. L'impact sur les échéanciers étant majeur, entre autres, sur les délais d'approbation des projets, « nous ne voulons littéralement pas manquer le bateau ».
En outre, la facture est calculée au kilogramme. « Si c'est pesant, nous n'en voulons pas », tranche Jérôme Dionne. « Des matériaux qui sont très souvent utilisés au sud, parce qu'ils sont insonorisants, solides, pérennes et durables, nous n'avons pas nécessairement l'occasion de les utiliser. » Ils sont, par exemple, remplacés par du gypse haute densité avec un contreplaqué à l'arrière pour le solidifier. Quant au béton, le moins possible...
Et, bien que le réchauffement climatique affecte grandement le Nunavik – à ne pas confondre avec le Nunavut, territoire fédéral créé en 1999 –, les températures y demeurent quand même très froides. Il faut ainsi prévoir des épaisseurs de murs plus importantes, des fenêtres plus performantes et un système de chauffage qui fonctionne, même durant la période estivale, malheureusement encore au mazout. Des installations éoliennes, voire solaires, prennent timidement leur place au soleil qui, même lorsqu'il est peu présent, « est très intense. »
Or, le chauffage des bâtiments en lui-même, dont la facture énergétique passe du simple au double à cette latitude, s'invite dans l'équation. La densité du fameux pergélisol, dont l'épaisseur varie selon l'endroit, et qui est assez profond à Quaqtaq, fluctue au passage des saisons. Le choix du terrain est donc primordial. « Mais nous n'avons pas toujours les plus belles options. » La solution ? Des constructions « flottantes ».
Chaque bâtiment doit ainsi être « assis » sur un coussin de pierres sur lequel ont été installés des camarteaux, soit des enchevêtrements de bois et de vérins métalliques, dont la fonction est de maintenir le niveau lorsqu'il y a des mouvements de sol. De plus, le plancher de l’édifice doit avoir une isolation renforcée pour que la température du sol ne soit pas influencée par la chaleur du bâtiment.


