Polytechnique Montréal amorcera à la fin mars un important chantier d’agrandissement et de réhabilitation de son campus. Évalué à près de 360 M$, le projet intégrera des stratégies avancées d’efficacité énergétique et d’intégration paysagère sur le mont Royal.
Autorisé en février, le projet consistera en un agrandissement et une réhabilitation. Il se déroulera en trois phases, de 2026 à 2031. « Le projet s’intègre dans une vision de développement du campus pour répondre aux besoins grandissants de recherche et d’espace », explique Hazem Al-Saedi, ingénieur et chef de secteur - Projets majeurs à Polytechnique Montréal.
L’agrandissement, qui sera réalisé dans la première phase du projet, consistera en l’ajout d’une aile au pavillon J.-Armand-Bombardier (JAB), puis d’un lien souterrain le reliant au pavillon principal, ce qui représente une superficie de près de 4 900 mètres carrés. Cette première phase représente 70 % de l’envergure du projet.
« Afin de construire de manière responsable, nous avons élaboré un plan directeur avec HEC Montréal et l’Université de Montréal (UdeM). Puisque nous sommes sur un site patrimonial, nous étions réglementés sur la hauteur, la densité et la distance. Nous voulions donc construire de façon à bien nous intégrer à la topographie », poursuit Laurence Aubin-Steben, architecte et cheffe de secteur - Planification et gestion des espaces à Polytechnique Montréal.
Le campus se trouvant sur le mont Royal, le terrain s’étend donc sur plusieurs niveaux, comme les espaces extérieurs à l’arrière du pavillon JAB, qui sont plus hauts que ceux à l’avant, du côté du parvis. L’agrandissement a d’ailleurs été réfléchi selon cette caractéristique pour créer un lien avec la montagne. « Nous avons travaillé la topographie pour pouvoir dissimuler le bâtiment dans la montagne afin de ne pas avoir un trop grand impact visuel », décrit-elle.
À l'image de la montagne
Plusieurs espaces extérieurs, dont la zone de stationnement et celle située à l’est du site, seront également verdis dans le cadre de la première phase. « Nous avions le souhait de consolider la coulée verte, le geste de la montagne qui s’étend jusqu’à la ville. En ce moment, le stationnement crée une barrière avec cette végétation. Nous voulions recréer une bande de biodiversité par l’approche de trois strates », détaille Mme Aubin-Steben.
Cette approche de trois strates se traduit par la plantation de 20 000 herbacées, de 1 000 arbustes et de 250 arbres dans l’ensemble du projet.
Une portion de ceux-ci se trouvera d’ailleurs sur le toit du nouveau lien souterrain, ce qui a nécessité une collaboration avec les ingénieurs civils et les architectes paysagistes pour l’emplacement des arbres. « C’était tout un défi technique d’implanter autant de végétation sur une toiture. Il fallait placer les arbres de plus grande taille plus près des éléments les plus solides de la structure, comme près des colonnes », poursuit-elle.
Le mont Royal a également façonné la stratégie déployée pour la gestion des eaux pluviales : « Le site de Polytechnique reçoit l’eau ruisselée provenant de la montagne, ce qui peut créer des inondations. Nous avons choisi de créer une noue de drainage à l’arrière du site pour faire ruisseler l’eau vers l’est du stationnement. » L’eau sera ainsi acheminée vers quatre bassins de sédimentation et de biorétention d’une capacité totale de 280 mètres cubes, qui seront aménagés à l’est du stationnement.
Énergie optimisée
« Nous avions une vision d’optimisation de l’énergie pour le projet, surtout pour l’agrandissement. Nous avons donc adopté une stratégie de récupération d’énergie tout en intégrant des sources d’énergie renouvelable », mentionne M. Al-Saedi, qui est aussi Associé écologique LEED. « Et la géothermie en fait partie. »
La géothermie a été intégrée en deux volets. Le premier est l’implantation d’un champ géothermique traditionnel, composé de 35 puits à boucle fermée de 150 mètres de profondeur, sous le stationnement arrière. Des boucles ouvertes, soit trois puits à colonne permanente de 475 mètres de profondeur, seront également installées.
Ce deuxième volet s’est fait en collaboration avec la Chaire de recherche en géothermie sur l’intégration des puits à colonne permanente de Polytechnique. Celle-ci s’est impliquée dès la planification du projet. « La Chaire avait déjà implanté des puits ailleurs au Québec. Nous l’avons contactée pour voir s’il était possible d’installer ce genre de puits dans le projet puisque nous ne l’avions jamais fait », relate-t-il.
Après avoir fait des simulations, « celles-ci ont montré qu’il était favorable de les intégrer. La Chaire a également travaillé avec nos concepteurs pour concevoir ces puits. »
Le projet en bref
Le projet d’agrandissement et de réhabilitation de Polytechnique sera réalisé en trois étapes. Le coût des travaux se chiffre à 356,2 M$.
La première phase s’attaquera à l’agrandissement du pavillon JAB, avec l’aménagement d’une nouvelle aile et d’un lien souterrain menant au pavillon principal. Des travaux de réhabilitation seront aussi effectués aux étages un, deux et trois d’une partie du pavillon principal, ainsi que des travaux de réaménagement. Les espaces extérieurs entre le pavillon JAB et le pavillon principal, puis à l’arrière du campus, seront également verdis.
Dans la deuxième phase, les travaux viseront à réaménager les laboratoires situés dans le pavillon JAB, occupés actuellement par l’UdeM. Celle-ci prévoit les libérer entre 2027 et 2029.
La dernière phase du projet impliquera la rénovation des étages quatre, cinq et six du secteur faisant l’objet des travaux du pavillon principal.
Stratégies durables et d’efficacité énergétique
Cibles pour l’agrandissement :
- Réduction de la consommation d’énergie de 22 % par rapport à des installations de même taille et usage respectant les normes du Code du bâtiment
- Réduction de 48 % des émissions de GES
-Éclairage hautement efficace (DEL)
-Récupération de la chaleur rejetée par les refroidisseurs des laboratoires. Cette chaleur est réintroduite dans le système de chauffage
-Récupération de chaleur sur les boucles de glycol du système de chauffage
-Utilisation de moteurs à vitesse variable pour les pompes et les ventilateurs
-Installation de hottes à débit variable et de systèmes adaptatifs de ventilation, de chauffage et d’éclairage
-Géothermie
-Création d’une noue de drainage à l’arrière du site pour faire ruisseler l’eau vers l’est du stationnement, où se situeront quatre bassins de sédimentation et de biorétention
-Installation d'appareils de plomberie à faible débit
-Aménagement d’un stationnement écoresponsable :
- Réduction de 15 % des cases de stationnement. Le nombre de cases passe de 595 à 359
- Ajout de 67 points d’ancrage pour les vélos
- Ajout d’une station de Bixi électrique de 15 places
- Pavé perméable permettant le drainage
- Surface claire (IRS supérieur à 29)
- Zones de verdissement
Certifications environnementales
Le projet vise les certifications suivantes :
- LEED niveau certifié (nouvelle construction) pour l’agrandissement et le lien
- LEED (design intérieur) niveau certifié pour les aménagements intérieurs du pavillon JAB
- Certification SITES
- Certification vélosympathique
- Certification Stationnement écoresponsable
Équipe de projet
- Architecture : NFOE, DMA et Provencher_Roy
- Paysage : Projet Paysage et EXP
- Ingénierie électromécanique : gbi et EXP
- Ingénierie civile et structure : EXP

